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Expositions

Jean-Paul Kitchener expose

Jean-Paul nous a communiqué cette invitation, ainsi qu'un texte de Francis, qui trouvent naturellement leur place ici.

Le texte, l'invitation et les deux affiches sont disponibles sous:

Invitation de JP Kitchener

 

OUI,
je vous donnerai à voir le fantôme en peinture ! Imaginez Jean-Paul Kitchener, déplaçant, transportant,
répertoriant, photographiant, encadrant, établissant le catalogue de ses collections, sortant de ce travail
tout couvert d’une poussière blanche, ni drogue, ni anthrax, ni surtout farine, mais mouture extraordinaire
venue des œuvres extraites de leur caisse et réveillées de leur sommeil. Imaginez Jean-Paul Kitchener,
hypersensible sous cette pellicule, énonçant, magistral : Je vous montrerai le fantôme en peinture ! et
conduisant pour nous une sarabande, haute en couleurs, de fantômes. Tel qui danse dans les papiers
déchirés de Judith Wolfe, tel autre qui accompagne la main de Salim Le Kouaghet œuvrant à ses
aplats de couleur, tel fantôme de Xavier Escribà, toréro d’autrefois s’enroulant au milieu d’une arène,
et le fantôme du fantôme qui donne aveuglément son titre à la clarté peinte par Spencer Burrows, et
quelques autres fantômes que nous aurons profit et joie à connaître, à fréquenter, à aimer. Par exemple
celui d’untel, et pourquoi pas aussi le mien, saluant mon ami Jean-Paul, l’inventeur du fantôme en
peinture, et les fantômes de Truc et de Chose.
Trêve d’humour. Le concept de fantôme a le mérite d’être plus familier, plus accessible, plus répandu
que celui de l’aura. Inventée au 19ème siècle par le délire photographique du docteur Baraduc, et
comme mise en évidence par ses orgies de révélateur, l’aura d’abord nomme ce vent de l’âme qui,
selon ce grand fou de la photographie, émane d’un être humain, et qui explique, à son avis, tout ce
qui se montre inexplicable. Envisagée ensuite par Walter Benjamin comme un concept qui rend compte
de la singularité d’une œuvre d’art, l’aura est devenue « une trame singulière d’espace et de temps :
unique apparition d’un lointain, si proche soit-il », ce par quoi nous attendons, devant les choses visibles,
que « l’instant ou l’heure aient part à leur manifestation ». L’aura, dont Georges Didi-Huberman file
au long de ses livres sur les images, sinon la métaphore, du moins la pertinence, interrogeant inlassablement
comment faire devant elles, ajoutant au regard que l’on porte sur une œuvre le regard que l’œuvre
porte sur nous. Mais que ce soit une manière douce d’halluciner, il ne le pense pas.
Voilà le nœud du problème. Impossible de me tenir durablement devant la peinture, devant une image,
sans acquiescer, d’une façon ou d’une autre, à cette réciprocité, à ce respect, « Ce que nous voyons,
ce qui nous regarde » (c’est le titre d’un ouvrage de Didi-Huberman), ultime repaire de l’animisme,
un scandale pour la raison, mais un rempart pour résister à ceux qui prétendent qu’on peut tout
savoir des choses, et de l’âme. Impossible d’y échapper, à moins de tenir toujours devant l’art cette
attitude : les choses sont ce qu’elles sont, pas plus, le sacré n’a pas lieu ni besoin d’être. Car il ne s’agit
pas pour moi que d’images et de peinture, mais d’une entreprise pour accéder au réel en dépit
des obstacles que lui opposent les eaux froides du calcul égoïste, etc. Oui, le réel, pour le peintre que
je suis, un horizon à atteindre, qui se dérobe toujours, pour un philosophe de la déception, je ne sais
pas, ne veux pas trop le savoir.
Faites-en quand même l’expérience de « ce que nous voyons, ce qui nous regarde », non seulement
devant les images, mais dans l’espace de la réalité. N’importe où. Dans le métro par exemple, imaginez
que les autres voyageurs, noyés dans leur bulle, dans leurs pensées, enfermés dans leur regard intérieur,
vous regardent, vous observent, ont affaire avec vous, pour vous comprendre dans l’espace de leur
étrangeté, dans la sphère de leurs préoccupations, au pire, si vous êtes enclin à la schizophrénie ou
à la paranoïa, pour vous menacer. Alors vous verrez avec un supplément d’acuité, vous aurez une
meilleure approche du réel, dussiez-vous craindre un moment d’in-tranquillité, ou quelque peur.
Oui, affrontons la contradiction, renouvelons le vieux cliché du fantôme comme manifestation d’une
réalité supérieure. Ici, à Sainte-Anne La Palud, dans le silence de son atelier, si proche du bruit des
vagues et des rumeurs de l’océan, Jean-Paul Kitchener nous invite à croire, paradoxalement, sans le
croire, ce que nous racontent, nous murmurent ou nous hurlent les fantômes de la peinture, pour
mieux voir la peinture, et aussi le métro parisien.
Francis Bérezné. 2009

Mise à jour le Vendredi, 31 Août 2012 15:40
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